Associations à buts non économiques



 

Survenant après les deux grandes lois sociales de 1884 (légalisation des syndicats) et de 1898 (Charte de la Mutualité), la loi de 1901 sur les associations voit le jour autour des débats consécutifs à l’Affaire Dreyfus. Cette loi de liberté restait bloquée depuis deux décennies, en raison de la crainte que soient ainsi légalisées les congrégations hostiles à la République. Passée l’Affaire, les Pouvoirs publics tranchent en faveur d’un système à deux vitesses, restrictif pour les congrégations et libéral pour les associations. Dès lors, se multiplie une myriade d’associations de toutes sortes et aux buts les plus divers. De façon emblématique, c’est alors que se constitue une des plus importantes d’entre elles, la Ligue des droits de l’homme et du citoyen, fondée en 1898, donc en pleine Affaire Dreyfus.


Ces associations à buts non économiques se développent au même moment que les partis politiques au sens où nous les entendons aujourd’hui : ainsi, le Parti radical est également constitué en 1901. Elles peuvent intervenir dans le champ politique et sont alors le plus souvent porteuses d’un projet global de société. Souvent en concurrence avec les partis, elles sont très minoritaires dans le vaste univers des associations : pas plus de 2 à 3 % sur l’ensemble dans les années 1930. Elles peuvent également être des associations spécialisées qui interviennent dans un domaine spécifique : tourisme, loisir, culture, sports, associations régionales, etc. Elles sont d’une très grande variété tant par leur poids — certaines ont des effectifs considérables — que par leur implantation et leurs objectifs.


Après avoir connu un développement considérable durant leurs deux premières décennies, les associations semblent quelque peu marquer le pas, des années 1920 jusqu’aux années qui suivent la Seconde Guerre mondiale. A partir des années 1960, on assiste à une sorte de renouveau. Il s’exerce d’abord à travers des associations à visées politiques, souvent structurées dans le cadre de “ clubs ”, tels que le Club Jean Moulin qui se donne pour objectif de repenser la gauche française. Parfois liées directement à un parti politique mais pas toujours, ces associations se situent de l’extrême gauche à l’extrême droite de l’échiquier politique.


Depuis deux décennies enfin, les difficultés affrontées par les partis politiques et la désaffection qu’ils subissent — certains chercheurs sont même allés jusqu’à s’interroger sur la “ fin des militants ” — ont donné une impulsion considérable aux associations : la crise du militantisme syndical et politique traditionnel a entraîné une multiplication spectaculaire des associations de toutes sortes. Certaines continuent de se situer dans le champ politique mais d’autres, telles que Médecins sans frontière ou Amnesty International, défendent une façon différente d’intervenir dans la vie de la cité. Une chose est sûre aujourd’hui : à l’heure où partis et syndicats peinent à trouver des militants, ces associations à but non lucratif semblent rencontrer un vif succès.


SOURCES : Associations et champ politique. Loi 1901, sous la direction de Claire Andrieu, Gilles le Béguec et Danielle Tartakowsky, Paris, Publications de la Sorbonne, 2001, 722 p. et en particulier, Claire Andrieu “ La concurrence des légitimités partisane et associative ”, pp. 25-45. — “ Syndicats et associations : concurrence ou complémentarité ? ”, colloque organisé le 25-26 novembre 2004, en cours de publication



exposition 2006

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