L'émigration italienne


Au XIXème siècle, une émigration de notables

L'émigration italienne en France a été importante en France depuis la Renaissance, en particulier dans le domaine artistique mais c'est à partir du milieu du XIX siècle que cette émigration se donne ses premières structures mutualistes. Paris est alors la capitale de l'émigration italienne avec une dizaine de milliers de personnes sur 63 000 Transalpins pour toute la France. Venus de toutes les régions d'Italie et pratiquant les métiers les plus divers, ils se concentrent dans quelques quartiers parisiens et se retrouvent souvent au centre de Paris sur les grands boulevards. Une partie importante de cette communauté constitue un groupe bien en vue avec des médecins, des journalistes, des hommes de lettres, des représentants des professions intellectuelles, bref ce qu'on désignerait aujourd'hui sous le nom de profession tertiaire. Sous le Second Empire, les Italiens de Paris sont peu organisés et la seule association qui existe vraiment est une société de bienfaisance ou de secours mutuels, dirigée par un certain docteur Cérise. Patronnée et financée par des notables français et étrangers parmi lesquels l'Empereur et le roi d'Italie, cette société possède bientôt son propre dispensaire dans le 17e arrondissement. Elle met aussi sur pied un service médical où plusieurs médecins français travailleraient dans différents quartiers. Enfin, à partir des années 1860, cette société aide les Italiens qui veulent revenir dans leur pays.


Ce groupement est essentiellement dirigé par les notables de la capitale, qui constituent un groupe restreint de moins de 2000 individus ; ce chiffre ne variera guère sur le plan numérique jusqu'en 1914. Pourtant au delà de ses effectifs réduits, ce groupe dispose d'une certaine surface sociale. En effet ces notables mettent peu à peu sur pied d'autres organisations ; la plus importante est la Chambre de commerce franco italienne.
Cette société de bienfaisance perdurera jusqu'à la décennie 1920 mais la Première Guerre, en bouleversant la physionomie de l'émigration italienne, rend cette société mutualiste obsolète. Désormais, les Italiens quittent le centre de la capitale pour s'installer dans sa périphérie : les quartiers Est, Nord ainsi que la banlieue. D'importantes communautés italiennes se constituent ailleurs en France. Une nouvelle page de l'histoire des sociétés de secours mutuels va alors s'ouvrir.





Une émigration ouvrière au XXème siècle

A la veille de la Première Guerre mondiale, l'émigration italienne devient la plus importante de celles qui existent dans notre pays et cette prééminence se confirme dans la décennie 1920 : aux émigrés qui viennent en France pour trouver du travail se joignent aussi de très nombreux antifascistes qui échappent au régime instauré par Mussolini en 1922.
Des sociétés de secours mutuel se constituent alors dans de nombreux départements. Certaines, pour autant qu'on les connaisse, sont importantes. On dénombre ainsi dans les Alpes-Maritimes 42 sociétés entre 1876 et 1945 : en 1930, elles sont au nombre de 13. Sur la centaine de milliers d'Italiens vivant alors dans les Bouches-du-Rhône, plusieurs dizaines de milliers appartiennent à des sociétés de secours mutuels. Elles sont très différentes de la société de notables parisiens, apparue sous le Second Empire. D'abord, par leur nombre, puisqu'on en trouve dans la capitale ainsi que sa banlieue mais aussi dans le Sud-Est (Bouches-du-Rhône, Alpes-Maritimes), la région lyonnaise, la Lorraine sidérurgique, le Nord ainsi que de façon éparse en Normandie, dans le Jura, etc. Ensuite, leur implantation devient très ouvrière et populaire. Enfin, un grand nombre de ces sociétés sont animées par des militants politiques ; viennent en premier les antifascistes qui constituent alors de nombreuses organisations dans toute la France.


Mais ces sociétés sont parfois aussi constituées, dans le cadre du Fascio, par des envoyés de Mussolini qui visent à contrôler les immigrés italiens en leur apportant des secours, en leur trouvant du travail, etc. Pour la seule région parisienne, ce type de sociétés aurait touché plusieurs milliers de personnes. De son côté, l'Eglise s'efforce de constituer des organisations analogues. Les décennies 1920 et 1930 se caractérisent donc par une floraison de sociétés de secours mutuels de toutes sortes. Leur politisation est beaucoup plus nette que celle des sociétés françaises au même moment. Enfin, sur un terrain assez proche, il existe aussi une Coopérative italienne de travaux publics animée par un socialiste : elle s'efforce de trouver du travail aux émigrés italiens.


Ce tissu mutualiste et associatif tend à disparaître à partir de 1945, parce qu'un grand nombre d'immigrés repartent alors dans leur pays. A partir de cette date, l'immigration politique italienne en France se réduit. De plus, les syndicats ouvriers prennent le relais en créant des associations — telles que l'Instituto nazionale confederale di assistenza, l'INCA, proche de la CGT — qui assument désormais les tâches accomplies jusqu'alors par les sociétés de secours mutuel. Mais si la mutualité n'a dès lors plus beaucoup d'importance chez les émigrés italiens, il en va différemment dans d'autres émigrations.





expo 2007

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