Aux origines des mutuelles enseignantes



 coll. Riboulet

Les premières formes mutualistes enseignantes apparaissent sous le Second Empire : par le biais de l’administration préfectorale et académique, le pouvoir cherche à promouvoir la mutualité en milieu enseignant tout en la contrôlant sérieusement, comme il le fait pour les sociétés approuvées. Avec l’avènement de la IIIe République, fleurissent alors une nébuleuse d’associations de toutes sorte. Elles sont d’abord très émiettées, ce qui contribue à les fragiliser et à disperser les efforts. Puis une relative spécialisation s’effectue peu à peu à travers trois secteurs : le risque maladie (honoraires médicaux et pharmaceutiques, accouchements et opérations chirurgicales), l’aide professionnelle et enfin la retraite complémentaire. Depuis 1853, les fonctionnaires reçoivent une retraite très modeste qui ne les satisfait pas. Dans ces conditions, les enseignants doivent donc construire leurs propres systèmes de protection sociale.


En 1901 se constitue, à l’initiative d’Alfred Leune, l’Union nationale des sociétés de secours mutuels d’instituteurs (UNSSMI). Il s’agit du premier regroupement de mutuelle enseignante existant à l’échelon national. L’UNSSMI se destine à construire un sanatorium pour les sociétaires atteints par la tuberculose, maladie qui fait alors de grands ravages. En 1906, l’UNSSMI a atteint son but et elle commence à faire fonctionner un premier sanatorium à Sainte-Feyre dans la Creuse : ce département a été choisi pour son climat mais aussi en raison de son caractère géographique central, égalité républicaine oblige.


Au tournant du siècle, plusieurs éléments favorisent le développement des sociétés enseignantes. Elles bénéficient d’abord de l’appui de la puissante Ligue de l’enseignement qui, fondée en 1866, prend véritablement son envol vingt ans plus tard. Le développement de la Mutualité scolaire, initiée par Jean-Cyrille Cavé dans la décennie 1880 constitue aussi un élément positif. Enfin, la légalisation tardive du syndicalisme enseignant favorise également a contrario le développement d’organisations mutualistes. Certaines sociétés sont essentiellement gestionnaires et d’autres davantage revendicatives. Les Amicales, à travers lesquelles les enseignants défendent leurs intérêts, ne sont pas des organisations syndicales ; elles jouent parfois plus ou moins le rôle de sociétés de secours mutuels. En fin de compte, si les sociétés enseignantes ont progressé jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale, elles restent très dispersées, marquées par le particularisme et la division. Il reste donc fort à faire.



exposition 2007

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