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La mutualité aux Etats-Unis
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Fondées dans les premières années du 19e siècle, les premières loges fraternelles nord-américaines apparaissent d'abord comme une imitation des loges maçonniques anglaises. A titre d'exemple, les Odd Fellows, qui domineront la scène du fraternalisme pendant plus d'un siècle, reposent sur une forte hiérarchisation des membres et le respect des rites d'initiation. Comme les Francs-maçons, les membres s'imposent une discipline sévère, et assistent miséreux, malades et infirmes. Si les Odd Fellows rassemblent quelques millions de membres dans toute l’Amérique du Nord, certaines associations plus modestes ne recrutent qu'au niveau local. Par ailleurs, la plupart de ces loges présentent une identité ethnique très marquée, qu'elles accueillent des immigrés européens regroupés selon leur origine géographique ou leur appartenance religieuse, des travailleurs blancs des classes moyennes dans les villes de la Côte Est, ou encore des Noirs nombreux à adhérer après l'abolition de l'esclavage. La constitution de loges par les minorités ethniques, comme les Hispaniques en Californie, peut être interprétée comme un acte de résistance culturelle face à la domination des Anglo-saxons. Les plus pauvres n'y ont pas accès, et globalement le mouvement fraternel reste une affaire d'hommes. |
Au cours de la seconde partie du XIXe siècle, et notamment lors de la récession des années 1870, ces loges couvrent efficacement leurs membres contre le risque maladie. Grâce à leur gestion bénévole, elles sont réputées moins coûteuses que les sociétés d'assurances qui rémunèrent des courtiers. Certaines loges s'attachent les services d'un médecin, mais cette collaboration ne se fait pas sans quelques conflits, la plupart liés au mode de rémunération du personnel médical. Toutefois, nombre de sociétés sont mises en péril par une gestion trop hasardeuse, ce qui motive le mouvement de réforme lancé par le National Fraternal Congress of America (NFCA). Cette réforme, qui s'appuie essentiellement sur une hausse des cotisations, a pour effet de rendre les loges encore moins compétitives face aux offres de l'assurance commerciale. |
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Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le mouvement fraternel semble à son apogée, avec près d'un tiers de la population adulte des Etats-Unis. Pourtant, le secours maladie octroyé par ces associations semble de plus en plus dérisoire au regard de l'élévation du niveau de vie et des coûts élevés des soins médicaux spécialisés. La plupart des sociétés hésitent à remplacer les indemnités financières par le paiement des soins médicaux. D’anciennes sociétés mutualistes, comme les Odd Fellows, préfèrent délaisser l’assurance maladie au point de devenir uniquement des associations de sociabilité, n’offrant qu’accessoirement des assurances, d’ailleurs très modestes. Sur le terrain même de la convivialité, les loges sont moins attractives ; face au développement des organisations vouées à la pratique des sports et des loisirs, la moralité exigeante des sociétés fraternelles ne fait plus recette. Le déclin du fraternalisme entre les deux guerres semble inéluctable : en période de prospérité, les classes moyennes se tournent de préférence vers les contrats d'assurance-vie proposés par les compagnies commerciales. Lors de la crise de 1929, les loges ne parviennent pas à retenir les adhésions des familles les plus financièrement éprouvées. |
Cela dit, d’autres sociétés tentent de renouveler leur offre de protection sociale, comme la Security Benefit Association, qui promet à ses membres une protection « du berceau à la tombe », en construisant des maisons d’accueil pour les vieillards, des orphelinats, des hôpitaux et des sanatoriums. Malgré ces initiatives, et en l'absence d'une réglementation fédérale qui aurait pu favoriser son essor, le mouvement mutualiste décline progressivement, laissant le marché des soins aux intérêts commerciaux. Cette tendance se confirme au long de la seconde partie du 20e siècle : entre 1961 et 1990, le nombre des loges fraternelles aux Etats-Unis s'est réduit de près de 39%. |
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exposition 2006
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