Défricheuses et défricheurs


Les premières dispositions protectrices, dans un cadre associatif en faveur des femmes et de l’enfance, doivent beaucoup aux sociétés exclusivement féminines. Bien que la progression de leur nombre soit modeste – 97 en 1854, 306 en 1900 –, elles possèdent déjà la faculté des institutions mutualistes du XXe siècle, qui assureront la promotion du progrès social en prenant appui sur l’exemplarité de leurs réalisations témoins. Les sociétés de femmes remettent en cause les pratiques discriminatoires des sociétés mixtes, en démontrant qu’une gestion solidaire est compatible avec l’équilibre des comptes. Georges Bonjean, président fondateur, en 1889, de la première union des SSM de la Seine, s’inscrit dans cette évolution en récusant l’idée convenue que « les femmes sont trop chères ». Le désaveu de la disparité tend d’autant plus à s’affirmer qu’il bénéficie de la sensibilisation nouvelle des élites républicaines sur le sujet.





Au premier rang s’impose le combat des femmes de cœur pour l’émancipation de leurs compagnes, dans un siècle où le mutuelliste Proudhon prétend qu’entre « ménagère ou courtisane, il n’y a point pour la femme de milieu ». Flora Tristan, initiatrice française de la cause féministe, lui répond que le progrès social ne va pas sans droits pour les femmes. En 1866, Maria Deraisme, première franc-maçonne, fonde avec Louise Michel l’Association pour le droit des femmes. Elle est parmi les premières à se prononcer pour l’attribution d’un congé maternité.


 © coll. CEDIAS




Du côté des réformateurs sociaux, Jules Simon, homme d’État éminent de la IIIe République, s’affirme comme l’un des pionniers de ce mouvement, en publiant en 1861 "L’ouvrière" dans lequel il qualifie "de barbarie et d’imprévoyance" l’exclusion des femmes des SSM. Dans son sillage, Paul Strauss, conseiller municipal radical de Paris, propose la mise en œuvre par le mouvement mutualiste d’une assurance spécifique sous le titre de « mutualité maternelle ». En 1892, le grand couturier Félix Poussineau, inspiré par les écrits de Jules Simon, fonde la Mutualité maternelle de Paris. L’action de cet authentique pionnier mutualiste ne tardera pas à faire école au sein des groupements.



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