mutualité maternité


La maternité, sésame pour la mutualité

Pour les budgets précaires des sociétés de secours mutuels du Second Empire, l’accouchement représente une charge considérable en raison des fréquentes complications médicales. Le coût de ce risque suffit à justifier l’argument machiste selon lequel l’admission généralisée des femmes serait un facteur de ruine pour la mutualité.





C’est un petit patron sensibilisé de par sa profession à la condition des ouvrières, le couturier parisien Félix Poussineau, qui fonde en 1892 la première mutuelle maternelle en faveur de ses employées. Moyennant le versement d’une modeste cotisation, les adhérentes peuvent interrompre leur travail pendant quatre semaines après l’accouchement pour s’occuper de leur nourrisson et bénéficier de consultations et de médicaments gratuits, tout en percevant une indemnité. Fidèle à l’esprit interclassiste de la mutualité, l’œuvre de Félix fonctionne avec la collaboration des dames de la bonne société : en tant que visiteuses, celles-ci apportent les secours au domicile des jeunes accouchées, et leur prodiguent des conseils d’hygiène et d’éducation. Bientôt étendue aux ouvrières de toutes professions, ainsi qu’aux mères célibataires, cette initiative rencontre l’assentiment des Pouvoirs publics, préoccupés par la mortalité infantile.






 © coll. CEDIAS

Dans un contexte de rivalité avec la dynamique et prolifique Allemagne, le gouvernement de la Troisième République affiche sans ambiguïté sa volonté d’associer la mutualité au redressement de la courbe démographique. Outre que la loi de 1898 préconise la prise en charge du risque maternité par les sociétés de secours mutuels, les mutualités maternelles créées dans la plupart des grandes villes au début du XXe siècle bénéficient des subventions de l’Etat. Afin de préserver la santé des nourrissons, les mères sociétaires y sont fermement incitées à pratiquer l’allaitement … et gare aux récalcitrantes, soupçonnées d’anti-patriotisme : « La mère qui peut nourrir son enfant et qui, par égoïsme ou par coquetterie, boutonne son corsage, n’est pas seulement une voleuse, c’est une réfractaire, comme l’homme jeune et bien portant qui, faisant fi de son devoir, déserte devant l’ennemi. » Intervention d’un médecin au congrès international mutualiste de Roubaix, 1911.



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