protection maternelle



 © collection privée cartes postales
Une conception utilitaire de la protection des femmes

En ces années de débat sur la future loi de séparation des Eglises et de l’Etat, votée en 1905, le gouvernement cherche à soustraire les femmes à l’influence des curés et des œuvres de charité chrétiennes, en les confiant aux bons soins d’une institution laïque telle que la mutualité. Toutefois, la justification officielle de la mutualisation des femmes repose essentiellement sur leur fonction reproductrice.





Aussi, leur destin mutualiste est-il lié à celui des enfants en bas âge : accueillies au sein d’une structure mutualiste pour y remplir le devoir patriotique de maternité, « afin que puisse rester fort et robuste l’arbre qui porte les fruits et la vigueur de la race » (Bulletin des sociétés de secours mutuels de Charente-Inférieure, 1913), les femmes n’en demeurent pas moins des adhérentes passives, que l’on entoure de sollicitudes, certes, mais auxquelles les responsables mutualistes ne cèdent pas volontiers leurs prérogatives. Même dans les conseils d’administration des mutualités maternelles, les hommes restent largement majoritaires.






 © coll. CEDIAS

Cependant, l’Etat pose les jalons législatifs de sa lutte contre la dépopulation : le premier congé maternité sans rupture du contrat de travail est instauré par la loi Engerand de 1909, dont le projet a été soutenu par le congrès de Nice de 1907. Le député exprime sa gratitude aux mutualistes pour avoir «fait passer dans les moeurs » l’action sanitaire en faveur de la petite enfance. En 1913, la loi Strauss met en place une indemnisation pour les employées domestiques et les ouvrières pendant le repos obligatoire de quatre semaines après l’accouchement. Bien mieux, dans son article 10, la loi autorise les femmes déjà formées à la mutualité – elles sont de fait rares - à gérer et à distribuer des aides publiques. C’est ainsi que Léopold Mabilleau, président de la FNMF, Paul Strauss et Félix Poussineau confient à Léonie Toureille (1873-1965), fondatrice de la Mutualité maternelle du Gard en 1905, le soin d’organiser l’Union française des mutualités maternelles. Selon un schéma classique dans toutes les institutions, c’est par le biais de l’intervention en faveur des enfants que les femmes peuvent espérer accéder à des postes de responsabilité.



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