L'Eglise


Sur le plan chronologique, c’est l’Eglise qui, depuis le Moyen Age, organise les premières formes rudimentaires de la protection sociale, en particulier à partir des confréries qui offrent des secours aux plus démunis. Ces formes d’organisation sont, avec les corporations et le compagnonnage, une des trois matrices des sociétés de secours mutuels.


La laïcisation de la société française à partir du XVIIIe siècle entraîne un recul mais non une disparition de ses pratiques ecclésiastiques. Elles reposent sur des conceptions complètement différentes de celles que les sociétés de secours mutuels vont mettre en œuvre à partir du début du XIXe siècle. L’Eglise se situe dans un cadre caritatif selon lequel les riches doivent donner aux pauvres. Toutefois, si la laïcisation de la société française se poursuit tout au long du XIXe siècle, ce serait une erreur de croire que l’Eglise est absente de ce terrain. Un certain nombre de sociétés de secours mutuels s’organisent à partir des confréries et jusqu’en 1848, la limite n’est pas toujours facile à tracer entre ces deux types d’organisation qui, toutes deux, peuvent pratiquer des fonctions philanthropiques d’assistance et de charité. Par ailleurs, un certain nombre de catholiques interviennent par le biais de sociétés, assez proches parfois des sociétés de secours mutuels : ainsi, Armand de Melun, un des “ pères ” du décret pris par Napoléon III en 1852 sur la mutualité, a créé six ans plus tôt la Société d’économie charitable qui encourage la formation de sociétés de secours mutuels et de sociétés d’éducation populaire par les catholiques. La mutualité catholique n’arrivera guère à s’implanter largement en milieu ouvrier sous le Second Empire, mais un certain nombre de catholiques joueront un rôle important en mutualité, comme le montre l’exemple d’Henri Vermont qui dirige la mutualité de Normandie de 1870 à 1928. Enfin, l’Eglise reste très présente sur le terrain communal par le biais des bureaux de bienfaisance dont l’activité ne se dément pas jusqu’à la Libération.


On ne doit pas oublier enfin que les formes caritatives d’aide et d’assistance qui ont été jugées périmées et dépassées à la Libération, lorsque a été mise en place la Sécurité sociale, ont connu un renouveau depuis deux décennies, même si elles ne sont pas seulement impulsées par l’Eglise : devant les situations de grande détresse engendrées par le chômage et la précarité, l’action, dans l’urgence, d’organisations telles que le Comité catholique contre la faim, le Secours populaire, les Restos du Cœur et bien d’autres représente une forme d’intervention sur le terrain de la protection sociale qui s’inscrit dans la tradition caritative de l’Eglise.



expo - Juin 2007

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