La mutualité en Grande-Bretagne



 
1800 - 1850

En Grande-Bretagne, les origines des Friendly Societies remontent aux Guildes religieuses et commerçantes : dès le XVIIIe siècle, il y a quelque 72 00 groupements dans l’ensemble du pays. L’histoire politique, économique et sociale de la Grande-Bretagne explique que les choses s’y soient passées de façon complètement différente qu’en France. Tout d’abord, les traditions parlementaires et démocrates remontent au XVIIe siècle avec Cromwell ; certes la royauté met fin à cet épisode mais désormais la royauté est constitutionnelle. Par ailleurs, la Grande-Bretagne est le premier pays au monde à s’engager dans la révolution industrielle à partir de 1760, soit six décennies avant la France.

Cette industrialisation précoce entraîne l’existence d’un mouvement social puissant. Ces deux raisons expliquent l’émergence d’une législation spécifique : alors que la loi Le Chapelier (1791) interdit en France toute forme de groupement ouvrier, et ce jusqu’en 1884, date où seront légalisés les syndicats, en Grande-Bretagne la loi Rose (1793) reconnaît au contraire aux sociétés de secours mutuels le droit d’exister puis de se développer. Dans le même ordre d’idées, le droit d’association est reconnu dès 1825. Le Chartisme (1836-1848) représente un mouvement d’émancipation populaire très puissant qui revendique le suffrage universel ; il constitue également une réponse à la crise économique qui touche la Grande-Bretagne en 1842. S’il se termine par un échec, il ne connaît pas, il s’en faut de beaucoup, une répression aussi sévère que celle de la Commune de Paris en 1871.


Dès lors le syndicalisme britannique reprend son essor et les syndicats sont définitivement légalisés en 1871. La législation est donc moins sévère qu’en France. Pour toutes ces raisons, les mouvements syndicaux et mutualistes sont bien plus étroitement liés qu’en France. Tous deux se développent de façon considérable : en 1850, une seule association mutualiste britannique compte plus de 220 000 adhérents, soit l’équivalent du nombre de mutualistes en France au même moment. Les membres honoraires y sont peu nombreux. L’aide de l’Etat est faible, les mutuelles patronales sont pratiquement inexistantes. Enfin les liens entre syndicalistes et mutualistes sont beaucoup plus étroits qu’en France.






 coll. wikipédia
1850 - 1914

Les années 1845-1850 sont difficiles pour le mouvement social britannique qu’il s’agisse de ses sociétés de secours mutuels, ses organisations syndicales mais aussi d’autres organismes issus d’une classe ouvrière en formation et déjà importante, telles les banques d’épargne et les coopératives de consommation. En effet, c’est également en Grande-Bretagne qu’avec Robert Owen et les Equitable Pionniers de Rochedale est inventé en 1844 cette forme d’organisation sociale qu’est la coopération de consommation : tout en étant adaptée, elle sera copiée dans de nombreux autres pays. A partir de 1855, les Friendly Societies reprennent leur marche en avant et connaissent une croissance quasiment ininterrompue jusqu’à la Première Guerre mondiale : elles sont au nombre de 2 750 000 en 1877 et passent à 6 623 000 en 1910, soit près du double des effectifs mutualistes français. “ Parrain ” de la Mutualité française, Léon Bourgeois compare en 1898 les effectifs des mouvements britanniques et français pour exhorter les seconds à faire aussi bien que les premiers.

Pourtant dès cette époque, ces succès cachent des faiblesses qui vont se révéler après 1918. Tout d’abord, on assiste à un vieillissement relatif de ces groupements. Ensuite, la concurrence des compagnies commerciales d’assurance — elles émergent à partir des années 1850 — tourne de plus en plus à leur avantage, au détriment des mutualistes. Enfin, l’instauration, par le gouvernement d’un système de retraite en 1909 puis d’un système d’assurance maladie en 1912 — tous deux sont inspirés des Assurances sociales allemandes mise en place depuis la décennie 1880 — ont des effets contradictoires. Les Friendly Societies se sont d’abord opposées à ces systèmes mais en raison des problèmes financiers dus au vieillissement de leurs adhérents, elles doivent se résigner à accepter ce nouveau cadre ; aussi participent-elles en 1912 aux négociations relatives à l’instauration d’une assurance maladie nationale.


Mais, tout comme deux ans plus tôt en France avec la loi sur les Retraites ouvrières et paysannes (ROP), si les Friendly Societies peuvent gérer une partie du système, en fin de compte leurs revendications ne sont guère prises en compte. Aussi, assurance retraite et maladie semblent avoir d’abord sur les mutualistes britanniques des effets positifs mais pas pour longtemps ; leur déclin se précipite à partir de 1918. Comme on le verra, cette évolution s’explique par deux grandes raisons : la progression des compagnies d’assurance et le rôle de plus en plus grand de l’Etat dans la protection sociale.



exposition 2006

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