Avril 1930-mai 1940



 © coll. CEDIAS-musée social
Avantages et inconvénients d'un leadership

La loi du 30 avril 1930, instituant le premier système d'assurance sociale en France confie aux mutuelles une responsabilité majeure dans le champ de la protection contre les risques sociaux. On ne peut comprendre les décisions prises par la Mutualité au cours de la Seconde Guerre mondiale sans l'analyse de l'impact réel de cette promotion. En premier lieu, l'ascendant mutualiste dans la gestion du régime légal convient d'être nuancé, car il s'avère plus apparent que réel au fil de l'entre-deux-guerres.


Derrière l'image convenue d'un quasi monopole mutualiste se trouve, hier comme aujourd'hui, l'inaltérable pouvoir étatique qui fixe par arrêté ou décret le niveau des cotisations et des prestations. D'où l'alternance au sein de l'institution de postures gestionnaires et protestataires qui la condamne au grand écart permanent. Tel, le propos tenu par Romain Lavielle au 17ème congrès national de la FNMF, en mai 1936, à Toulouse : "les Assurances sociales n'ont pas tué la Mutualité. C'est donc qu'elle peut leur survivre."


Objet principal du ressentiment, les caisses départementales sont accusées d'absorber la majorité des assurés sociaux, alors qu'elles n'étaient censées remplir qu'une fonction "résiduelle". Les caisses d'affinité, créées par les mutuelles, ne représentent ainsi que le quart des 800 caisses existantes. Reste que le dévouement et la compétence démontrés par les mutualistes dans la mise en place des assurances sociales s'affirme bénéfique pour l'expansion de l'autorité morale de leur mouvement et de son patrimoine matériel.


Mais, la gestion d'un régime obligatoire par une association volontaire ne va pas sans risquer la confusion des genres. Pour Pierre Laroque : "La mutualité s'était enlisée et bureaucratisée dans les Assurances sociales". L'enlisement gestionnaire consacre certes l'utilité sociale de l'institution, mais il cause le reflux de la dynamique militante. Le personnel dirigeant apparaît alors trop âgé et peu représentatif des assurés sociaux. Malgré ses six millions d'adhérents, c'est un mouvement vulnérable qui entre dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale. Néanmoins, la dernière assemblée fédérale adopte, le 13 avril 1940 avant l'effondrement, un appel aux mutualistes pour qu'ils poursuivent "sans relâche, leur rôle et leur mission".



expo - Juin 2007

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