La France est maintenant un pays partiellement occupé puis entièrement occupé à partir de 1942. Elle est divisée depuis 1940 en deux zones — Nord et Sud— ce qui entraîne des difficultés considérables dans l'activité mutualiste quotidienne. Certes, à la différence de la Grande Guerre, les mutualistes peuvent s'appuyer sur le réseau des caisses d'Assurances sociales pour soulager les misères les plus criantes : bénéficiant de ces structures para-étatiques, ils peuvent davantage poursuivre leurs activités qu'en 1914-1918. Mais les responsables mutualistes sont aussi confrontés à des problèmes entièrement inédits pour lesquels la majorité d'entre eux, généralement fort âgés, sont bien peu préparés : ces problèmes s'intitulent occupation du pays par les nazis, Résistance, répression contre les juifs, les libre penseurs, les franc maçons, les syndicalistes et une partie importante du personnel politique. Même si les mutualistes se sont jusqu'alors le plus souvent gardés d'intervenir directement dans le champ politique, une telle situation ne peut que les troubler profondément. Enfin et là encore, contrairement à la Grande Guerre, les mutualistes craignent jusqu'en 1943 que l'Etat n'étatise davantage la protection sociale, en réorganisant les Assurances sociales sur la base de leur mise à l'écart ou du moins de leur relative marginalisation. Cette crainte est renforcée par le grand projet social de Vichy, la Charte du travail instaurée en octobre 1941. Il n'y a eu aucun équivalent à la Charte durant la Grande Guerre. C'est pourquoi et là encore à la différence du premier conflit mondial, la FNMF intervient de façon directe dans le champ du politique en soutenant la Charte du travail, et ce jusqu'en 1943.
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