La poésie et la musique


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Sous l’Ancien régime, il n’est pas rare de rencontrer des statuts de confréries de métiers rédigés en vers. Les droits et devoirs de la loi commune gagnent en solennité avec la mise en rime. Ainsi, la confrérie de Saint-Didier de Langres, au 16e siècle exhorte ses membres à :
« Jurez haut sans délai
D’observer en toute vertu
Points, ordonnances et statuts »
Longtemps, les poèmes consacrés à la mutualité gardent l’empreinte du vocabulaire liturgique comme cette poésie publiée en 1860, dans le Bulletin des sociétés de secours mutuels :
" En ton autel enfin, si fertile en miracles,
Tu verras tous les travailleurs,
Venir, en se pressant, près de tes tabernacles ».


A partir des années 1890, la poésie mutualiste, récitée ou lyrique, trouve sa source d’inspiration dominante dans la république sociale en construction. Dès lors, le thème de la convergence républicaine s’exprime pleinement par le vers et la musique jusqu’à la Grande guerre. Le principal artisan de cet accomplissement est Lodoïs Lataste, président d’une SSM de Bègles et secrétaire général adjoint du « Syndicat de la presse mutualiste française ». Surnommé le « Rouget de l’Isle » de la mutualité, sa composition, en 1903, de « l’Hymne à la Mutualité », lui vaut une renommée considérable.
Morceau de bravoure patriotique à tous les sens du terme ; le Général André, ministre de la Guerre, le faisant jouer dans des défilés militaires, son hymne s’affirme comme un acte pédagogique en faveur de la doctrine réformatrice de la mutualité. Simultanément, le chant entonne un « Hymne d’amour des classes prolétaires » et réprouve toute forme de radicalisation : « la lutte, hélas ! c’est le dur égoïsme »


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 © cliché AG, ville de Nantes, musée du château, 986.36.49

L’engouement pour la poésie et la musique franchit une nouvelle étape, en 1904, à la faveur du VIIIe congrès national, le premier de la FNMF, avec l’organisation d’un concours pour la réalisation d’une Cantate, d’une Ode et d’une Marche populaire. Les œuvres primées sont jouées à l’occasion de la fête de clôture du congrès. L’engagement solidaire, proclamé par le« Chœur des Mutualistes » : « Chacun pour tous ; tous pour chacun », est alors repris en écho par la foule innombrable rassemblée au Champ de manœuvre du Petit-Port de Nantes.
S’il a existé une Belle Epoque pour la poésie et la musique mutualistes, c’est bien celle de la IIIe République, d’avant 1914. Au lendemain de la Première guerre mondiale, le mouvement mutualise engagé sur le chantier complexe des Assurances sociales troque le lyrisme poétique pour le pragmatisme gestionnaire.



Les fêtes mutualistes

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