Mutualité et mouvement ouvrier


Depuis la Révolution française, défense du monde du travail et prise en charge de ses besoins sociaux sont assurées par les sociétés de secours mutuels qui, dans une certaine mesure, jouent le rôle d’un syndicat avant la lettre. Les formes d’organisation que s’est donné auparavant le monde du travail (corporations et compagnonnages) ont été interdites par la loi Le Chapelier en 1791 et le resteront jusqu’en 1884, date à laquelle sont légalisés les syndicats.


En créant en 1852 un nouveau type de mutualité – la mutualité approuvée – Napoléon III introduit une fracture au sein du mouvement social qui va s’avérer considérable. Désormais, la Mutualité se spécialise dans la couverture de la maladie et peu à peu des retraites que le syndicalisme abandonne à peu près complètement, au profit de la contestation et de la revendication. Au début de la IIIe République, la Mutualité est dirigée par des notables. Trente ans plus tard, la majorité du syndicalisme s’oriente vers le syndicalisme révolutionnaire qui veut détruire l’État ; au même moment, les mutualistes apprennent peu à peu à coopérer avec lui, notamment dans le cadre du solidarisme défendu par Léon Bourgeois, fondateur du Parti radical en 1901.


 © Fnmf

Il faudra une longue évolution pour que mutualistes et syndicalistes parviennent à se rejoindre. L’engagement conjoint à partir de 1930 de la majorité des syndicalistes (à l’exception des syndicalistes unitaires, communistes ou proches d’eux) et des mutualistes dans la gestion des Assurances sociales constitue une première étape. Des incompréhensions, des rivalités demeurent, toutefois les uns et les autres apprennent à mieux se connaître en gérant de nombreuses caisses d’Assurance sociales. Après la Libération, les syndicalistes, communistes compris, gèrent le social (Sécurité sociale, comités d’entreprises) alors que les mutualistes s’adaptent à la Sécurité sociale et s’orientent de plus en plus vers le monde du travail. La mutualité d’entreprise connaît un essor important à partir des années 1960. En 1967, mutualistes et syndicalistes sont au coude à coude pour défendre la Sécurité sociale contre les ordonnances Jeanneney qui la réorganisent. Depuis cette date, si chaque mouvement a conservé sa spécificité, les rapports qu’ils entretiennent se sont normalisés.



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