A l'épicentre des réformes...



 © Roger Viollet
A l’épicentre des réformes et contre réformes sociales (1945-1967)

Loin d’être un phénomène franco-français en 1945, la Sécurité sociale s’inscrit dans un mouvement universel en faveur de la protection sociale obligatoire. Le patronat, dont l’autorité sort affaiblie de la guerre, marque d’emblée sa défiance à l’égard des nouvelles institutions sociales. L’administration des caisses primaires par des conseils composés de deux tiers de représentants de salariés et d’un tiers d’employeurs, est ressentie comme une mutilation du paritarisme. Le porte-parole du patronat qualifie de « totalitaire », l’embryon de démocratie ouvrière proposé par le législateur. De son côté, la Mutualité constate, avec amertume, que l’hommage à son mode de fonctionnement se solde par l’exclusion des mutuelles du régime légal, au profit des syndicats.


Mais, l’ambition d’une grande solidarité gérée par les intéressés est rapidement revue à la baisse. Le volontarisme « obligationniste » initial tend à refluer sous la pression des divers corporatismes, habilement activés par les milieux patronaux. La décision des cadres de créer un régime de prévoyance complémentaire, sous le nom de l’Association générale des institutions de retraites des cadres (AGIRC) , constitue le signal du retour en force d’un paritarisme intégral. Par paliers successifs, le processus gagne les salariés non-cadres et donne naissance à l’Association des régimes de retraites complémentaires (ARRCO), en décembre 1961.


Consacrée par son statut obligatoire au sein de la prévoyance complémentaire, la gestion paritaire s’affirme désormais comme le mode idéal de régulation de l’ensemble de la protection sociale, aux yeux des élites économiques et politiques. La mutation s’accomplit avec la réforme d’août 1967 qui, sous le couvert de maîtriser les dépenses de santé, met un terme au principe de la gestion par les bénéficiaires, adopté en 1945. La rectification, largement inspirée des vues patronales est telle que le « père de la Sécurité sociale », Pierre Laroque, alors président de la section sociale du Conseil d’Etat, la qualifie de « régression ». La contre-réforme l’emporte. Mais, pour quel résultat et pour combien temps ?



exposition 2006

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