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Trajectoires parallèles
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Solidarité mutualiste et pratiques assurantielles participent d'une même volonté de conjurer par la prévoyance les méfaits du hasard. Toutefois, si la mutualité est inhérente aux sociétés humaines, dans la mesure où elle pallie les "coups du sort" qui frappent chaque individu au cours de son existence (maladie, vieillesse, mort), la nécessité de l'assurance est née plus tardivement, avec le développement des transports maritimes et l'accumulation des richesses. Du Moyen-Age à la Révolution, les deux pratiques ont donc cohabité, avec des différences notables : la prévoyance de type mutualiste couvrait les travailleurs et leurs familles, tandis que les assurances visaient à garantir les biens de la classe naissante des capitalistes, comme les entrepreneurs, armateurs et propriétaires. Dans les pays latins d’inspiration catholique comme le nôtre, les préjugés contre la spéculation font obstacle à l'assurance sur la vie. |
Pourtant, à l'époque des Lumières, des philanthropes comme Piarron de Chamousset, ou Duvillard de Durand imaginent des systèmes d'assurances solidaires reposant sur le calcul des probabilités et visant à l'amélioration du sort des classes laborieuses. Il s'agit d'une première tentative de convergence entre l'assurance et la mutualité, auxquelles la Révolution française met un double coup d'arrêt, en condamnant l'agiotage et en interdisant l'association professionnelle par la loi Le Chapelier (1791). |
Au cours de la première moitié du XIXe siècle, alors que la solidarité des travailleurs s'incarne dans les sociétés de secours mutuels, finalement institutionnalisées par le décret de 1852, des compagnies d'assurances s'installent timidement en France, où elles ne connaissent pas le même succès que dans les pays anglo-saxons. Toutefois, dans le contexte d'émergence de la grande industrie, c'est une compagnie d'assurances, la Préservatrice, qui lance le contrat d'assurance collective contre le risque d'accidents du travail. D'une certaine façon, l'assurance commerciale bénéficie également de la volonté du Second Empire de promouvoir les logiques de prévoyance, au détriment des logiques assistancielles. |
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exposition 2006
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