La mutualité au Québec


LES BEAUX JOURS DE LA MUTUALITE QUEBECOISE

Le mutualisme est devenu un mouvement puissant et dynamique au sein des milieux ouvriers québécois à partir du milieu du 19e siècle. Contrairement aux sociétés de secours mutuels françaises, la plupart des sociétés québécoises émanent d'initiatives populaires, qui ne doivent rien à l'intervention des élites. Compensant la perte de revenus résultant de maladie, accident, invalidité ou vieillesse, elles apportent une réponse efficace à la question sociale et incarnent un idéal solidaire et démocratique, dont témoigne le fonctionnement des assemblées. Espace de sociabilité autant qu'école de responsabilisation et d'autodiscipline de ses membres, la mutualité constitue un élément fondamental dans la genèse du mouvement ouvrier au Québec.


Le caractère populaire de la gestion des sociétés de secours mutuels a son revers : à la fin du siècle, nombre d'associations sont en difficulté financière et souffrent de la comparaison avec les grandes sociétés, qui s’imposent sur un marché de l’assurance en plein développement. Il s'ensuit un mouvement de réforme, visant à transformer la "mutualité pure" en "mutualité d’affaires », en généralisant l'usage des techniques actuarielles afin de solvabiliser les sociétés. Tout en permettant une reprise en main de la mutualité par la bourgeoisie, la rationalisation du fonctionnement a pour effet d'altérer l'esprit fraternel qui faisait sa spécificité par rapport au secteur des assurances commerciales.
Comme aux Etats Unis, les grandes sociétés mutualistes comme la Société des Artisans canadiens-français, créée en 1876 à Montréal, ou L'Alliance nationale (1895), implantent des succursales, entraînant un développement sans précédent de la mutualité. Il s'agit toutefois d'un mouvement essentiellement urbain : si plus d'un homme citadin québécois sur trois est mutualiste en 1910, le phénomène mutualiste ne touche que 8% de l'ensemble de la population en 1915. Au Québec, les sociétés ont une forte identité religieuse catholique et s’inscrivent dans le contexte du développement d’un nationalisme économique canadien-français face au capital « étranger ».





LE TEMPS DU RECUL

A partir des années vingt, le mouvement mutualiste québécois tend à stagner, et ce sont les intérêts commerciaux, par le biais d’assurance marchande ou même d’assurance « mutuelle », qui réussissent à s’accaparer de plus en plus le marché de l’assurance populaire. Dans les années 1930, par exemple, la fondation de la Croix Bleue, puissante société d’assurance mutuelle nord-américaine, est le fruit de la collaboration entre les hôpitaux privés, les médecins et les milieux d’affaires, afin de résoudre les lourds problèmes financiers des établissements hospitaliers. D’ailleurs, l’adhésion à la Croix Bleue ne se fait pas sur une base individuelle, mais sur une base collective dans les lieux de travail. Dans ce cas, la protection est généralement achetée par les entreprises, qui financent ces nouvelles dépenses en prélevant une somme conséquente sur les payes des salariés.


Parallèlement, les grandes sociétés mutualistes abandonnent plus ou moins le champ de l’assurance maladie, qui visait essentiellement les salariés modestes, pour celui de l’assurance vie, plus facile à gérer et plus lucrative. En marge des expériences comme la Croix Bleue, des initiatives populaires proches des milieux coopératifs sont mises sur pied, comme celle des Services de santé de Québec, qui adopte le modèle de la coopérative de consommation pour offrir des soins de santé aux milieux ouvriers plus modestes. Mais dans l’ensemble, le mouvement mutualiste n’est guère innovant dans le domaine d'une prise en charge des frais médicaux et pharmaceutiques. À terme, les inégalités flagrantes engendrées par le marché privé des soins de santé, dominé par la puissante Croix Bleue, incitera l’État québécois (aidé par l’État canadien) à mettre en place l’assurance santé publique et universelle, d’abord par la couverture des frais hospitaliers en 1961 et, ensuite, par la couverture des dépenses médicales en 1971.



exposition 2006

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