Les réalisations sanitaires et sociales


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Sous l’Ancien régime, la pratique de l’entraide a très tôt favorisé l’émergence d’un système de solidarité combinant la couverture de première nécessité et le recours à des embryons d’œuvres sociales, tels l’achat de lits dans les hospices, voire la gestion d’établissements hospitaliers. Avec la naissance de la mutualité moderne, cette pratique pluri-fonctionnelle va tendre à se généraliser, malgré l’emprise de la loi Le Chapelier. Le Second Empire accorde certes à la Mutualité un rôle officieux d’assurance maladie volontaire, mais il borne cette reconnaissance au cadre restreint de “ secours temporaires aux sociétaires malades, blessés ou infirmes ”. C’est en transgressant ces limites que le mutualisme affirme sa vocation de bâtisseur d’œuvres sociales.

Les pharmacies mutualistes constituent, à partir de 1857 à Lyon, puis à Marseille, Grenoble, les têtes de pont des réseaux mutualistes en devenir. Le Ier congrès national des sociétés de secours mutuels, réuni à Lyon en 1883, consacre ce choix stratégique en affirmant que “ le service médical et le service pharmaceutique sont deux questions qui forment, pour ainsi dire, le but essentiel du principe mutualiste. ”

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 © CPAM de Paris




Dans cette perspective, la Charte de 1898 fournit aux groupements mutualistes un véritable tremplin pour la diversification de leurs activités créatrices. La mutualité maternelle, la lutte contre la tuberculose et, surtout, les initiatives hospitalières s’imposent parmi les innovations les plus marquantes. Le rôle pionnier des cliniques mutualistes dans les années 1930, pour moderniser et humaniser la distribution des soins hospitaliers, contribue à réconcilier la population et l’hôpital. Avec l’ordonnance portant statut de la Mutualité du 19 octobre 1945, la légitimation des œuvres sociales mutualistes franchit une étape capitale. La fonction de défricheur social de la Mutualité va désormais s’exercer dans la seconde partie du XXe siècle en faveur des besoins sociaux les plus sensibles et les plus délaissés. Les personnes âgées, les handicapés, les loisirs et les vacances constituent, dans les années 1960 et 1970, les axes du rôle de laboratoire social qu’entend assumer la Mutualité. Au cours des années 1980, les initiatives mutualistes continuent de se diversifier. La petite enfance, le soutien aux familles, la toxicomanie, l’accès au logement social, élargissent l’éventail d’un mode d’intervention dont la nouvelle appellation, “ réalisation sanitaire et sociale ”, se substitue au terme vétuste et ambigu “ d’œuvre ”. La Mutualité s’efforce, non sans succès, de préserver cette liberté d’entreprise solidaire face à la culture assurantielle de l’Union européenne.


 



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