1902-1929



 © Kharbine-Tapabor

Jusqu’en 1910, les mutualistes sont hésitants devant la future loi sur les Retraites ouvrières et paysannes (ROP) : ils redoutent que l’intervention, nouvelle, de l’Etat en ce domaine ne vienne empiéter sur leurs propres œuvres. Une question fondamentale se pose : qui gèrera ce nouveau système ? L’Etat hésite à confier aux mutualistes de grandes responsabilités dans ce dispositif alors que ces derniers expriment des réticences manifestes à prendre en charge cette première forme de système obligatoire qui va si fortement à l’encontre de leur philosophie. Léopold Mabilleau, le président de la FNMF, y est favorable mais il est en avance sur la majorité des mutualistes. Le discours flatteur tenu par les responsables politiques sur la Mutualité ne peut masquer les réticences de l’Etat à confier la gestion des ROP au mouvement, ce que René Viviani, ministre du Travail en 1910, regrettera publiquement trois ans plus tard.

Le bilan de la loi est mitigé : en 1912, elle profite à 2 650 000 personnes seulement. A cette date, la part des retraites dans le budget des sociétés de secours mutuels ne représente pas plus de 10 % de l’ensemble de leurs dépenses.


Par ailleurs, le nombre de mutualistes couverts par la nouvelle législation s’élève à 250 000 personnes, soit 6 % seulement de l’ensemble des membres adultes des sociétés. L’engagement de nombreux responsables mutualistes départementaux dans la gestion de caisses des ROP est sans doute plus affirmé que celui de la masse des adhérents.

Les chiffres montrent donc les limites de l’expérience. Toutefois, il faut rappeler qu’elle n’a pas le temps de se développer puisque la Grande Guerre rend la loi obsolète, quatre ans seulement après son instauration. Toutefois, cette expérience est porteuse d’avenir : elle constitue pour les mutualistes une expérience pédagogique, un premier apprentissage de coopération avec l’Etat dont ils sauront se souvenir une fois venu le temps des Assurances sociales.




clic pour imprimer