Après le choix de la coopération loyale, défini au cours des années 1960, la décennie suivante est celle de la défense résolue du régime obligatoire. Aux congrès de Grenoble (1970) et de Vittel (1973), les mutualistes édifient une stratégie minutieuse et déterminée pour bloquer les tentatives répétées des pouvoirs publics visant à résoudre les déficits chroniques du financement de l’assurance maladie par l’accroissement du Ticket modérateur. Le refus mutualiste de la prise en charge des désengagements successifs imposés au régime obligatoire se trouve confortée par un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), publié en 1973, valorisant le rôle bénéfique de l’association Mutualité/Sécurité sociale pour l’économie de la santé.
Le caractère protestataire de l’activité mutualiste franchit un nouveau palier à la fin de la décennie 1970 et au début des années qui suivent, avec la défense des libertés mutualistes en 1976, l’abrogation du Ticket modérateur d’ordre public (TMOP) en 1979 et du forfait hospitalier en 1982. Tout en intervenant comme mouvement social, la Mutualité française assume par sa pratique et ses propositions une véritable fonction régulatrice dans le domaine sanitaire et social, en vue d’évaluer les techniques médicales et les médicaments sur le plan des coûts, de l’efficacité et de la sécurité.
En 1994, le congrès de Bayonne appelle à engager les réformes indispensables pour sortir la Sécurité sociale de l’attraction fatale du marché et de l’impasse d’un fonctionnement soumis aux logiques corporatistes. La perspective d’un régime universel d’assurance maladie est alors ouverte. Nombre de mesures prises ensuite par les pouvoirs politiques successifs trouveront leur inspiration dans cette contribution réformatrice de la Mutualité française. Reste que les problèmes affrontés par le système demeurent entiers à l’aube du XXIème siècle.
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