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La solidarité, valeur socle du mutualisme, constitue le meilleur exemple de la destinée contradictoire d’un principe né au carrefour des préoccupations économiques et humanistes. Le terme désigne sous l’Ancien Régime un type de contrat juridique, qui solidarise financièrement plusieurs débiteurs. Son ambivalence induit d’emblée une double dimension, contractuelle et collective.
Au XIXe siècle, la notion de « solidarité » appartient au vocabulaire des dirigeants de l’assurance de marché, qui l’utilisent pour lancer des campagnes publicitaires en faveur de l’assurance vie. Puis, sous l’impulsion des associations d’entraide et des penseurs du mouvement ouvrier (Fourier, Leroux, Durkheim), le mot « solidarité » acquiert peu à peu dans la seconde moitié du siècle un contenu démocratique et social qui en modifie profondément le sens.
Après la publication de Solidarité, l’ouvrage de Léon Bourgeois, en 1896, le solidarisme devient la doctrine officieuse de la Fédération nationale de la Mutualité française, dès sa naissance en 1902. On assiste ensuite, tout au long du XXe siècle, à une évolution croisée du positionnement des mutuelles et des compagnies d’assurances sur le concept de solidarité. La défiance de ces dernières à l’égard du principe ne fera que croître, au fur et à mesure que les régimes d’Assurances sociales et de Sécurité sociale seront institués sur des fondements solidaires..
La Mutualité n’a jamais cessé, pour sa part, d’en faire l’objet central de sa motivation et de rechercher les moyens d’en élargir la portée. C’est ainsi qu’elle a, dans les années 1980, opéré une véritable révolution culturelle en matière de cotisation, par l’inversion du flux de la solidarité mutualiste, construit antérieurement de la jeunesse vers les plus anciens. La solidarité, c’est avoir le courage d’arbitrer entre les intérêts divergents pour conserver le cap de l’idéal.
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